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Pour moi, elle est d'une incommensurable beauté.
Dans l'atelier que j'occupais autrefois, une vaste et vieille usine désaffectée, je m'organisais des expositions de surfaces vierges. Là, solitaire, vaguement anxieux, je ne me lassais pas de contempler ces promesses pures, j'allais et venais pendant des heures, sans rien faire d'autre que d'admirer l'ensemble de ces non-tableaux.
Aujourd'hui, comme alors, dès que je me trouve confronté avec ce vide immaculé, qu'il me faut accomplir le premier geste, esquisser le premier trait, appliquer la première salissure, j'ai le coeur étreint par une émotion diffuse qui s'insinue en moi comme à l'instant d'ouvrir une porte sur l'inconnu.
Puis, les premiers traits ordonnent une ébauche d'infrastructure, organisent une architecture rythmée sur laquelle je plaque un chaos d'antinomies, tout d'abord irréductibles, crées par l'imagination dynamique de l'instant, les impulsions instantanées, les fantasmes inconscients.
Ayant ainsi provoqué brutalement le conflit sur la surface restreinte, il m'appartient alors de le dompter, afin de le soumettre à l'organisation originelle sous-jacente, pour mieux catalyser les énergies picturales. Ce qui, au moment du premier geste, pouvait n'être qu'une vague intention, devient une réalité incontournable.
C'est la matérialisation de ce tableau là et non pas tous les autres inconnus possibles et jusqu'alors imaginables.
L'harmonie s'est alors imposée, simplement, presque automatique ; elle s'est organisée en gammes, est devenue trait de violon, éclat de cuivres et de timbales. C'est une explosion plastique, figée en cacophonie silencieuse, dynamique de la couleur pure ou la sereine méditation métaphysique d'une harmonie intériorisée, parfois même le simple et somptueux éclat glacé du noir et du blanc, toujours le rêve en mouvance,llexaltante jubilation du sacré, un serein sentiment d'éternité.
Serge DELHOMME
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